La question jurassienne en Suisse

Château de Delémont

Le Château de Delémont. Source : T.viville / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

XVIème siècle

Le Jura, un territoire ancien marqué par la langue française et le catholicisme, est divisé à la Réforme; le Nord reste catholique alors que le Sud passe partiellement au protestantisme.

XVIIIème - XIXème siècles

Napoléon fait du Jura un département français. À sa chute, le Congrès de Vienne donne le Jura au canton de Berne, en dédommagement de la perte du pays de Vaud et de l'Argovie (1815). Sans être consultés, les Jurassiens se retrouvent ainsi en minorité francophone au sein d'un gigantesque canton germanophone. Berne est pressé d'assimiler et de germaniser le Jura, lequel résiste pour préserver sa langue et sa culture. Ce combat va, peu à peu, se métamorphoser en revendication d'autonomie politique.

1947

Création du Mouvement séparatiste jurassien, futur RJ, Rassemblement jurassien. Il projette la séparation de la partie francophone du canton de Berne et la constitution d'un nouveau canton. Roland Béguelin en est l'un des fondateurs.

20 septembre 1947

Manifestation sur la place de l'Hôtel de Ville de Delémont. Plus de 2000 Jurassiens protestent contre l'éviction du Conseiller d'État jurassien Georges Moeckli à la tête du Département cantonal des travaux publics et des chemins de fer sous prétexte qu'il est de langue française.

1948

Création du journal hebdomadaire « Jura Libre », organe officiel du Rassemblement jurassien. Roland Béguelin assure sa rédaction en chef dès 1952.

1950

La Rauracienne, hymne jurassien chanté la première fois en 1830 lors d'une rencontre de l'opposition libérale à Porrentruy, devient le chant de rassemblement des indépendantistes qui adaptent ses paroles au combat et à son époque (premier couplet de la version originale : « Des bords du Tage à ceux de la Baltique, Entendez-vous le sinistre beffroi ? Voyez-vous fuir de leur demeure antique, Ces rois saisis de rumeur et d'effroi ? Vous qui veillez au sort de la patrie, Ah ! Détournez l'orage peu lointain »). La tâche est confiée à Roland Béguelin.

1er septembre 1957

Dixième Fête du peuple jurassien à Delémont. Elle est organisée chaque année par les indépendantistes jurassiens qui profitent de ce rassemblement pour faire résonner leur voix dans tout le pays. À l'occasion de ce jubilé, le Rassemblement jurassien annonce solennellement le lancement d'une initiative cantonale afin que le Jura soit reconnu comme un nouveau canton.

5 juillet 1959

Votation cantonale bernoise sur l'initiative des séparatistes jurassiens. Elle est rejetée. Le Jura lui-même est divisé. Si le Nord catholique plébiscite la création d'un nouveau canton, le Sud protestant n'en veut pas.

Roland Béguelin, chef du Rassemblement jurassien, conteste les résultats, estimant que plus de la moitié des « non » du Jura sont en réalité des « non » de ressortissants bernois établis dans le Jura et qui ne sont pas assimilés. Prétendant que ce vote ne prouve rien, il appelle à un véritable plébiscite organisé sous le contrôle de la Confédération.

Reportage de 1962 sur la question jurassienne, diffusé dans le magazine "Continents sans Visa" sur la Télévision Suisse Romande.

Décembre 1963

Création du « Bélier » - en référence à la machine de guerre médiévale à tête de bélier -, organisation de jeunesse séparatiste qui va se distinguer par des actions coups de poing spectaculaires. Au Bélier, les Jurasssiens pro-bernois répondront en créant le Sanglier.

23 juin 1974

Au terme d'une campagne particulièrement animée, un vote d'autodétermination est organisé dans le Jura. Avec une participation de 90% (!), le peuple jurassien des sept districts accepte la création d'un canton jurassien (36 802 oui contre 34 057 non et 1726 bulletins blancs). Mais le futur territoire cantonal se limitera aux trois districts à majorité séparatiste (Porrentruy, Delémont et les Franches-Montagnes) ainsi qu'à une partie du district de Moutier. Les districts du sud maintiennent, eux, leur appartenance au canton de Berne. Les indépendantistes doivent renoncer à leurs rêves de Grand Jura uni. Pour le moment du moins.

Le projet de nouveau canton doit maintenant être accepté en votation fédérale.

Le plébiscite de 1974. Temps présent, 13 juin 1974. Source : rts.ch

21 mars 1976

Création de l'Assemblée constituante jurassienne. C'est elle qui rédigera la constitution du futur canton. La charte se distingue notamment par la reconnaissance des droits au travail, au logement et à la grève. Elle garantit l'égalité de traitement entre hommes et femmes ainsi que l'intégration des migrants et des handicapés.

Assemblée constituante jurassienne

Adoption de la Constitution jurassienne par l'Assemblée constituante, le 3 février 1977 à Saint-Ursanne (JU). De gauche à droite : Roland Béguelin, François Lachat et Joseph Boinay. Source : Archives cantonales jurassiennes, Fonds Roland Béguelin (CC BY-SA 4.0)

20 mars 1977

La constitution de la future République et Canton du Jura est adoptée à l'unanimité des députés et ratifiée par 80% des votants.

24 septembre 1978

L'ensemble du peuple suisse est appelé à se prononcer sur la modification de la Constitution fédérale instituant un vingt-troisième canton. Cela fait alors 163 ans que ce chiffre n'a pas changé.

Le résultat est aussi spectaculaire qu'inattendu puisque tous les cantons acceptent, y compris Berne. Le peuple suisse plébiscite le nouveau canton, qui recueille plus de 1,3 million de « oui » contre 280'000 « non » (participation : 42%)

Enfin l'indépendance ! TJ midi, 24 septembre 1978. Source : rts.ch

Novembre 1978

Élections des nouveaux parlement et gouvernement jurassiens, élaboration des premières lois cantonales.

1 janvier 1979

Le Jura, vingt-troisième canton suisse, est formellement institué, en vertu de la Constitution fédérale.

Roland Béguelin, l’un des pères de l'indépendance jurassienne

Roland Béguelin naît en novembre 1921 à Tramelan, dans le Jura bernois. Il obtient sa licence de sciences économiques à l'université de Neuchâtel, est nommé secrétaire communal de Tramelan-Dessus et fonde, en 1947, le Mouvement séparatiste jurassien qui deviendra le RJ, Rassemblement jurassien en 1951. Dès 1950, il assure la rédaction en chef du Jura Libre et, devenu administrateur d'une imprimerie à Delémont, se consacre activement à ce qui deviendra le but de son existence : l'indépendance du Jura francophone vis-à-vis du puissant canton de Berne. L'homme natif de Tramelan espère bien sûr un Jura grand, fort, uni. Mais les deux grandes régions qui le composent, sud et nord, affichent bien des différences, à commencer par la religion qui y prédomine. Et les grandes ambitions de Roland Béguelin vont s'avérer bien difficiles à réaliser...

18 juin 2017

Votation pour le rattachement de la commune de Moutier (BE) au canton du Jura. Avec un taux de participation de 89%, les Prévôtois ont choisi de rejoindre le canton du Jura à 51,72%.

Moutier le 17 juin 2017

Moutier, le 17 juin 2017. Source : Jeremy.toma / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

5 novembre 2018

Le vote est invalidé par la Préfecture du Jura bernois. Un recours est déposé.

23 août 2019

Le Tribunal administratif bernois confirme l'annulation du vote du 18 juin 2017.

Conclusion : la question jurassienne

La création du canton du Jura n'a pourtant pas définitivement réglé la question jurassienne. Dans le Jura resté bernois, les indépendantistes poursuivent aujourd'hui encore leur combat pour rejoindre le canton du Jura, soutenus par les autorités de ce dernier, ouvertement favorable à la réunification.

Le développement d'un système de transports et de communications efficace est l'un des principaux enjeux des nouvelles autorités jurassiennes. Sous-équipée et isolée, la région projette des chantiers ferroviaires et routiers d'importance d'ici 2000, mais il ne seront que partiellement concrétisés.

La très attendue autoroute Transjurane A16 ouvre un premier tronçon entre Delémont et Porrentruy en novembre 1998 mais l'achèvement du tracé Boncourt – Bienne, prévu pour 2008, a été repoussé à 2017.

Aujourd'hui, la République et Canton du Jura compte 73'290 habitants (45'000 en 1859) répartis sur une superficie de quelque 840 km2.